Texte pour le séminaire à Reykjavik de l'IETM (International Theatre Meeting)

What could artists and science learn one from each other?

Une tarte aux fraises

Science sans conscience, n’est que ruine de l’âme... Voilà une belle sentence, un peu tarte (à la crème - pour les Normands et les Belges, entarteurs devant l’éternel). Certes... Nous pouvons constater que la science et le progrès technique nous ont apporté un bien-être considérable, et que nos natures ingrates d’occidentaux bien nourris, nous plongent dans un désarroi certain. Et l’âme dans tout cela ? Les arts technologiques explorent ce doute, cette interface douloureuse entre arts et science. Certains artistes enfourchent l’idée de progrès avec une fascination certaine - en avant comme avant ! - rappelant l’absurde engagement des Futuristes pour la guerre et pour la technique. Ne devons-nous pas critiquer ces artistes à la remorque des technosciences, qui pensent que le progrès en art existe, ou plutôt qui pense que ce progrès passe par une illustration des découvertes scientifiques ? Les artistes doivent à mon avis réintroduire la sensualité et le sens dans un univers technique qui pourrait conduire à des abus, des dérives ayant pour but de mettre la machine au cœur de nos sociétés et de nos corps. Ainsi des pratiques comme celles de Stellarc, d’Orlan ou d’Eduardo Kac, qui célèbrent la mort du corps, sont-elles à opposer à des pratiques qui veulent réintroduire nos perceptions dans un corps retrouvé ou sublimé face ou avec les techniques (Christa Sommerer, Jeffrey Shaw, ...). Les artistes doivent rappeler aux scientifiques les limites éthiques, les limites humaines, les limites corporelles de leurs recherches qui perdent parfois leur sens.

Ce que les scientifiques peuvent apporter aux artistes, c’est sans doute l’exploration aléatoire ou systématique d’un ensemble de possibles intellectuels, techniques, voire aussi sensoriels. De par leur accès à la matière et à l’univers microscopique ou macroscopique de façon rationnelle, les scientifiques peuvent stimuler l’imaginaire des artistes. Les machines scientifiques nous permettent des explorations inaccessibles aux communs des artistes. Les scientifiques peuvent donner des outils pour expérimenter nos sensations ou exacerber nos imaginations. Là encore il serait bien de distinguer les scientifiques. Les écologues peuvent certainement nous informer sur l’état alarmant de l’évolution de notre biosphère, les astrologues nous ouvrir à la relativité de nos existences. Que peuvent nous apporter les bouineurs de gènes, ou les allumés de l’électron, si on ne met pas des limites à leurs pérégrinations ?

Cette collaboration des artistes et des scientifiques est un vœu pieux, une grande utopie, dans un monde qui veut de plus en plus rentabiliser l’activité de chacun. Le travail rend libre ? Art et science, d’accord, mais qui va payer ? La science peut-elle s’embarrasser d’éthique et d’émotion ? Pourtant dans un univers fragmenté et en déséquilibre, cette alliance entre arts et sciences, entre spiritualité et technique est utile, voire nécessaire pour construire une autre relation au monde et à l’autre. L’univers technoscientifique, est notre paysage, et les artistes définissent une nouvelle écologie de ce paysage en mouvement. L’idée de Technoromantisme est bien cette exploration des imbrications entre nos émotions, nos esprits et le monde de la Tekhne. Ce paysage virtuel se superpose au paysage réel en sublimant sa valeur et sa saveur.

Une fraise virtuelle ?

Stéphan Barron